Je ne cuisine plus de viande mais je ne suis pas végétarienne

J’ai commencé à éprouver du dégoût pour la viande vers l’âge de dix ans. Ce dégoût coïncidait avec une prise de conscience du traitement subi par les animaux pour arriver dans mon assiette. L’idée qu’on les tuait pour que moi, je puisse manger une bonne brochette, me paraissait complètement ahurissant. Plus tard, le réchauffement de la planète a été un autre facteur renforçant ma position. Si nous pouvons manger des lentilles plutôt que de la viande pour répondre à nos apports en protéine, pourquoi tuer des animaux ET accentuer la dégradation de la planète ? Au fil de ma vie, ce cheminement de réflexion et la société dans laquelle il s’inscrit a eu différents effets sur ma consommation carnivore…

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Devenir végétarienne

J’ai été végétarienne pendant toute une année. Avant ça, j’avais connu des périodes de végétarisme plus ou moins longues mais elles étaient toutes restées passagères, notamment à cause de la pression extérieure (“Mais tu fais du mal à ton corps !”, “C’est très mauvais pour le cerveau”). J’ai eu besoin de partir à l’étranger pour pouvoir enfin m’immerger à 100% dans le végétarisme. A l’époque, j’habitais à Portland, dans l’Oregon aux Etats-Unis, et là-bas, faire le choix de ne pas manger de viande est totalement respecté, comme celui de boire du thé plutôt que du café.

Mon expérience s’est très bien déroulée, sans frustration, et à mon retour j’ai décidé de continuer sur ma lancée. En France, bien-sûr, il a fallu se battre avec les préjugés erronés de mon entourage mais j’étais tellement confortée dans mon choix que je ne voulais pas laisser les fausses informations m’atteindre.

 Un festin italien pendant mon voyage en Sicile

Un festin italien pendant mon voyage en Sicile


Une Végétarienne dans un monde de Carnivores

Ce n’est finalement pas les menaces imaginées par les pro-carnivores qui m’ont usée. C’est le manque d’adaptation au régime végétarien dans les restaurants et chez les gens qui m’a peu à peu fatiguée. En France, être végétarien, c’est sortir de la norme, tout simplement. Au restaurant, il y a donc peu d’offres. Vous vous rabattez obligatoirement sur le plat végétarien, c’est-à-dire des légumes sans aucun apport en protéine (car visiblement, certains restaurants ont encore du mal à comprendre que, oui, on attend un apport protéique dans une assiette végétarienne !) et ce plat est, par extension, pauvre et fade. En parallèle, quand je déjeunais chez des gens, j’avais l’impression de chambouler toute leur cuisine. Et là encore venait cette impression d’être “l’Anormale” ou “Celle qui veut se faire remarquer”. Accueillir un végétarien à sa table semblait relever d’un vrai casse-tête.

Peu à peu, j’ai cédé à cette pression pour la facilité, pour le “régime-comme-tout-le-monde” mais uniquement dans ma vie sociale. J’en ai eu marre de me retrouver frustrée face à mon assiette de légumes quand mes voisins dévoraient un bon burger. Ou de devoir me justifier en permanence pour qu’on comprenne mon choix de ne pas manger de viande.

 Petit tour au A' Piscaria Mercato del Pesce en Sicile

Petit tour au A' Piscaria Mercato del Pesce en Sicile

Devenir flexitarienne

On pourrait dire que je me suis laissée influencée par les autres. C’est vrai. On pourrait dire que j’ai fait le choix de la facilité. C’est vrai. Je l’assume. En fait, si je devais résumer mon rapport à la viande aujourd’hui, je dirais que j’ai fait le choix d’être flexible. Personne ne me force (directement) à manger de la viande. J’en ai consommé pendant des années, c’est pour cela que j’accepte aujourd’hui ma flexibilité et que je la vis bien. Bien mieux que d’avoir été une végétarienne entourée de carnivores. Cela dit, je continue à défendre les protéines végétales. Je n’achète et ne cuisine pas de viande. Au restaurant, je n’hésite pas à faire remarquer qu’une assiette de légumes n’a aucun intérêt pour un végétarien. Autrement dit, je persévère dans mon message. Entre m’engager ou m’épanouir, j’ai trouvé mon équilibre.

Les choses avancent. Les gens de ma génération sont de plus en plus ouverts à de nouveaux régimes et souples dans leurs pratiques de cuisine. Quant aux restaurants, ils osent doucement innover. Récemment, j’ai découvert un burger végétal à tomber… Comme quoi, il y a de l’espoir !

Et vous, avez-vous déjà fait l’expérience du végétarisme ? Comment l’avez-vous vécue ?