Sensibiliser à sa cause ou se mettre en retrait : une question d’équilibre

Mes convictions profondes sont apparues autour de l’adolescence. Affectueusement surnommée “l’âge ingrat”, cette période de la vie n’est pas reconnue pour son indulgence. J’avais des valeurs bien arrêtées et j’aboyais au moindre écart de mon entourage. Si mes parents étaient parfois fiers de me surnommer “la Végétarienne” ou “l’Ecolo”, mes coups de gueule se heurtaient souvent à leurs habitudes ancestrales et pratiques, engendrant disputes et incompréhensions mutuelles. Avec le temps, j’ai compris qu’il y a un équilibre à trouver entre militer pour sa cause et se mettre en retrait.

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Sensibiliser à sa cause (coûte que coûte)

Quand on prend conscience d’une justice, c’est comme si on apprenait à nouveau que le Père Noël n’existait pas : on veut le crier à tout le monde. On est outré que le monde continue de tourner pépère alors que la déforestation s’empire en Amazonie, que les animaux subissent d’atroces souffrances pour satisfaire nos estomacs ou que nos poubelles sont en train de créer une île de plastique dans nos océans. On rapporte à qui veut l’entendre (ou pas) les informations glanées dans notre dernière lecture ou dans le reportage visionné la veille. On nourrit l’espoir de rallier des personnes à notre cause car, selon toute vraisemblance, elles ne peuvent qu’être horrifiées par les révélations qu’on leur faits. Le schéma est souvent le même : on présente les détails de l’injustice, notre interlocuteur met en doute ou relativise nos propos (la vérité fait parfois mal à entendre), on insiste et on contre-argumente comme un valeureux soldat se battant sur le front des convictions, puis on s’épuise, on devient irritable, capable d’entrer en conflit avec notre interlocuteur pour une malheureuse feuille de papier non-recyclée.

Vous percevez sans doute un peu d’ironie dans mon ton… Et pour cause ! J’ai incarnée moi-même cette justicière acharnée pendant plusieurs année. Avec le recul, je vois bien que cette attitude n’apportait rien de bon, ni pour moi, ni pour mon interlocuteur.

De mon côté, je sortais exténuée et déprimée de ces prises de tête. Je me sentais seule face au reste du monde, impuissante face à l’injustice. Quant à mon interlocuteur, mis à mal dans ses certitudes confortables, il ne pouvait que davantage se replier sur lui-même, mépriser les militants qui donnent lui l’impression de tout faire mal et, en réponse à ce rejet, il allait sûrement redoubler d’effort pour ne surtout pas s’aligner sur les idéaux de ceux qu’il catégorisera comme “extrémistes”.

Zéro partout.

Curseur entre “sensibiliser à sa cause et savoir se mettre en retrait” -I--------

 

 Manifestation contre la politique de Trump à Paris, début 2017.

Manifestation contre la politique de Trump à Paris, début 2017.

 

Se mettre en retrait

L’attitude inverse voudrait qu’on ne cherche jamais à influencer les positions de notre entourage. Imaginez la frustration de ne pouvoir exprimer ce que vous pensez réellement par crainte de soulever la désapprobation. Invité à un dîner au milieu d’inconnus, on essaie de ne pas transformer l’ambiance bon enfant en débat “pour ou contre le nucléaire”. Mais alors on sort de table avec un goût d’inachevé. On regrette de ne pas avoir pu partager davantage, surtout si ledit sujet est apparu dans la conversation. On aurait pu glisser quelques infos de sensibilisation contre l’injustice qui nous tient à cœur de combattre. On aurait peut-être identifier deux, trois personnes concernées autour de la table. Un lien se serait créé. Oui, mais voilà, vous avez préféré la jouer safe et laisser vos convictions au placard le temps d’une soirée.

Résultat : vous partez frustrée de ne pas avoir été vous-même et les autres convives ont perdu sans le savoir toute une source de renseignements éloquents, susceptibles de les intéresser.

Zéro partout.

Curseur entre “sensibiliser à sa cause et savoir se mettre en retrait” --------I-

 

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Atteindre l’équilibre

Ah le fameux équilibre ! Celui qui nous fait sentir en harmonie avec nous-mêmes et avec les autres. De même qu’il faut parfois savoir prendre de la distance avec son engagement pour s’épanouir pleinement, il faut aussi doser notre envie de sensibiliser le monde entier pour qu’il nous reste quand même quelques amis qui nous supportent. Mon conseil : enseignez par l’exemple. Vos actions valent mieux que mille mots. Ainsi, votre entourage prendra doucement conscience qu’une autre alternative de vie est possible (par exemple, réduire ses déchets, prendre le vélo plutôt que la voiture, vivre sans plastique) mais sans rapport de force, sans jugement brutal. En bref, VOUS êtes le meilleur argument pour sensibiliser les gens à votre cause. Vos actions parlent d’elles-mêmes !

Prenons la situation suivante :

Vous ne cuisinez plus de viande car vous avez pris conscience de la souffrance animale. Pour la pause-déjeuner, vous apportez toujours votre repas au travail, délicieux mais sans protéine animal. Vos collègues le remarquent, s’interrogent sur vos recettes et sur ce qui vous a poussée à adopter ce régime alimentaire. Naturellement, vous leur expliquez, sans chercher à rentrer dans le débat. Et voilà ! Vous avez gagné leur curiosité et leur intérêt juste en étant vous-même. De là à ce que cette conversation débouche sur une réflexion chez vos collègues, il n’y a qu’un pas !

 

Curseur entre “sensibiliser à sa cause et savoir se mettre en retrait” ----I----


Et vous, vous êtes-vous déjà retrouvés dans une situation de ce type, tiraillés entre l’envie de sensibiliser des gens à votre cause et le besoin de simplement laisser couler ?